François Mey

On ne présente plus François Mey, membre de l’association depuis plus de dix ans. Ce professeur de français a décrit est auteur et co-auteur de la description de sept espèces de Nepenthes.

Dans quelles circonstances t’es-tu intéressé aux plantes carnivores pour la première fois ?

Je me suis toujours intéressé aux plantes carnivores dès le plus jeune âge. Mais elles constituaient un point d’intérêt parmi une multitude d’autres. Au même titre que les dinosaures, les ornithoptères de Papouasie, les longicornes de Guyane et de Java, les requins ou encore les oiseaux de paradis et les serpents, entre autres. Pendant de longues années, j’ai toutefois consacré une grande partie de mon temps à l’entomologie (je suis aujourd’hui encore fasciné par les insectes). A cette époque, je m’adonnais à de nombreux élevages dans la maison familiale : phasmes, grillons, chenilles… J’ai alors dû apprendre des rudiments de botanique pour pouvoir nourrir mes pensionnaires phytophages. C’est à partir de cet intérêt pour les insectes que je suis venu assez naturellement aux plantes carnivores. Proie ou pollinisatrice, leur relation avec la gent à six pattes est des plus étroites et le constat de cette réalité étrange du végétal qui renverse l’ordre « naturel » des choses a sans doute frappé mon imagination de façon irrémédiable.

En 2003, j’ai fait l’acquisition de ma propre maison et d’un jardin. C’est alors que je me suis mis à cultiver les plantes carnivores pour la première fois. J’ai commencé par l’inévitable dionée, comme tant d’autres avant moi, puis j’ai fait l’acquisition de quelques rossolis et Sarracénies. Assez rapidement, je me suis rendu à ma première réunion Dionée (à quelques kilomètres seulement de la maison !) où j’ai dit, d’un air innocent, que je venais juste découvrir l’association et je n’avais l’intention de cultiver qu’un nombre très très limité de plantes. Aujourd’hui encore, cela fait bien rire les amis cultivateurs qui m’ont côtoyé à l’époque.

As-tu un genre de plantes carnivores préféré ? Qu’est-ce qui te plaît le plus chez lui ?

Je citerais, parmi mes genres préférés, les Drosera et les Heliamphora. J’apprécie aussi d’autres genres de plantes carnivores mais s’il y en a un que je préfère et de loin, c’est le genre Nepenthes. Inconditionnellement. Je suis très sensible au graphisme de cette plante : son allure, sa grâce, ses courbes, son histoire aussi… Le fait de savoir que le nom de la plante est associée à la belle Hélène de Troie et à l’aventureux Ulysse n’est pas pour me déplaire – je suis un féru de mythologie. En fait, j’estime, en toute subjectivité, que le Nepenthes est la plante charismatique par excellence, au même titre qu’un Sabot de Vénus, qu’un Arum titan ou qu’une Rafflésie… D’un point de vue plus rationnel, je suis fasciné par de nombreux aspects de la plante : les différents stades de sa croissance, le dimorphisme des urnes, la plasticité des espèces et leur écologie, notamment les relations complexes qu’elles entretiennent avec d’autres organismes : elles sont des pièges, évidemment, mais aussi fourmilières, abris à chauve-souris, crèches à têtards, toilettes… De vrais petits univers.

Quelle est ton expérience des plantes carnivores dans leur milieu naturel ?

Après 2003, ce « hobby » est vite devenu une passion dévorante et j’ai ressenti le besoin de voir ces plantes dans leurs milieux naturels, en Europe bien sûr mais aussi aux Etats-Unis et surtout en Asie (Nepenthes oblige). Au début, il s’agissait d’allier la passion du voyage et le frisson esthétique mais ensuite, j’ai voulu comprendre ces plantes, d’un point de vue plus scientifique, plus prosaïque. J’ai voulu me documenter et je me suis rendu compte que beaucoup d’informations étaient manquantes. En 2007, je découvre un Nepenthes inconnu de la science au Cambodge. Je me forme sur le tas. Je suis aidé par des botanistes professionnels. J’engloutis tout ce que je peux trouver en termes de littérature spécialisée et deux ans plus tard, je publie la description scientifique de cette espèce sous le nom de Nepenthes bokorensis. S’ensuivront la description d’autres espèces de Nepenthes, du Cambodge, du Vietnam et des Philippines. Les voyages se transforment alors en missions botaniques. L’amateur devient taxinomiste et collaborateur du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Il y a quatre mois encore, j’étais au Cambodge dans le cadre d’une mission de terrain consacrée à la future révision des Nepenthes de l’ancienne Indochine que je dois publier dès que cela sera possible. Mais malgré tout, je reste le gamin béat et un peu inconscient qui a découvert son premier Nepenthes mirabilis au détour d’un sentier il y a dix ans et qui, enivré de bonheur, s’est alors laissé aller à une danse endiablée seul dans une forêt d’Asie ! 😉

Quelle est ton approche des plantes carnivores par les arts du dessin et de la photographie ?

Je ne suis pas photographe. Prendre des photos est purement utilitaire. J’ai un blog (« A Garden’s Chronicle ») où je publie de nombreuses photos dans le cadre d’articles informatifs et explicatifs. Et c’est là l’essence de ma démarche : le partage d’informations, d’explications, d’émotions parfois, mais par l’intermédiaire des textes qui accompagnent les photos. Je n’ai pas la patience, la connaissance ou le talent pour prendre de belles photographies.

Le dessin, c’est autre chose. C’est viscéral, plus intime. Je dessine depuis le plus jeune âge. J’ai beaucoup pratiqué la bande dessinée et je pense que cela se retrouve dans mon trait. Lorsque j’ai décrit ma première espèce de Nepenthes, je me suis vu dans l’obligation de fournir une illustration botanique rassemblant et résumant les caractères spécifique de ce taxon. Il était évidemment hors de question que je laisse ce travail d’illustration à quelqu’un d’autre. J’ai alors dû apprendre les codes du dessin botanique, un véritable univers dont je ne connais encore à mon sens que les rudiments. Depuis cette illustration initiale, j’ai réalisé plus d’une trentaine d’autres planches (couvrant pratiquement tous les genres de plantes carnivores), notamment pour les publications de Redfern Natural History de l’inénarrable Stewart McPherson ou pour des publications scientifiques. Il a été assez compliqué pour moi, qui provient de la BD, d’accepter puis de m’approprier les règles strictes de l’illustration botanique. Le format de la planche botanique, souvent unique, est finalement assez étriqué et il m’a fallu déployer des trésors d’invention pour pouvoir m’exprimer en tant qu’artiste dans le cadre ce travail scientifique. C’est assez « schizophrène » mais je crois avoir trouvé ma voie. Je travaille beaucoup la composition de mes planches et j’essaie de combiner une forme de grâce à une rigueur toute scientifique.

Récemment, je me suis mis à l’aquarelle : j’ai dû illustrer une scène imaginaire du Salvador mettant en avant Pinguicula mesophytica et une espèce de colibri, Lampornis viridipallens. Là encore, j’ai tâché de restituer le même mélange de beauté et de rigueur. Ça n’est pas tout à fait au point, mais c’est une voie qui me plaît. Je vais donc tâcher de poursuivre cette nouvelle aventure.

Le message de François :

Garder sa capacité d’émerveillement quelle que soit la plante, qu’elle soit rare ou non. Ne pas forcément tomber dans la collectionnite aiguë, ou l’obsession de la plante rarissime, deux attitudes que je trouve finalement assez vaines.

Rencontrer les gens surtout, échanger avec les autres, par écrit ou mieux, de vive voix. Que ce soit les réunions associatives, les manifestations diverses et variées, les bourses, les expositions ou les conférences… rien ne vaut à mon sens la rencontre. C’est là, pour moi, l’intérêt principal de ce loisir. Je me force d’ailleurs à donner des conférences dès que je le peux. Ça me ressource. Je trouve déprimant l’idée d’avoir une magnifique collection que l’on garderait jalousement au fin fond d’un coin perdu de France ou d’ailleurs. Ce qui m’a le plus apporté dans cette passion des plantes carnivores, c’est la rencontre avec des gens de tous horizons, du simple amateur au botaniste le plus éclairé. D’ailleurs, mes meilleurs souvenirs de passionné sont finalement associés à des personnes, pas à des plantes.

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