Alastair Robinson

Alastair Robinson arpente les montagnes de Malaisie depuis sa plus tendre enfance. Certains l’ont déjà croisé au cours de leurs expéditions sur l’île de Bornéo.

Quel apprentissage scientifique et pratique a fait de toi un botaniste de terrain ?

J’ai étudié la pathologie végétale, la botanique et le développement des plantes à l’université. Ce dernier domaine m’a été d’une grande utilité puisqu’il se base principalement sur l’analyse moléculaire, ce qui m’a permis d’interpréter facilement les données de la recherche phylogénétique moderne. Pour autant, ces matières importent peu dans l’apprentissage du travail en tant que botaniste de terrain. Tandis que les diplômes académiques forment à l’analyse de données et aux méthodes d’observation, ils ne peuvent pas nous préparer à vivre dans la jungle pendant plusieurs semaines de suite. J’ai développé ces aptitudes-là pendant les années passées dans ma Malaisie natale, ainsi qu’au cours de mes excursions pour étudier certaines plantes dans la nature. Dernièrement, je les ai approfondies en guidant dans des zones reculées les groupes de chercheurs et parfois même des amateurs de nature souhaitant faire l’expérience de ce que nous faisons, même si c’est généralement dans les endroits où nous sommes sûrs que ce n’est pas dangereux !

Tu partages ta passion pour la botanique entre les plantes carnivores et les orchidées, n’est-ce pas ?

Oui, principalement Nepenthes et Drosera parmi les plantes carnivores, et les orchidées terrestres, en particulier le groupe Acianthinae, plutôt que les orchidées en général. On peut rencontrer ces deux groupes de plantes assez facilement dans la région où j’ai grandi (la Malaisie), ainsi que là où j’habite aujourd’hui (en Australie). Je suppose que mon intérêt pour elles découle de mon attachement naturel pour les plantes que j’ai côtoyées pendant mon enfance. J’ai commencé à étudier le genre Nepenthes à l’adolescence. J’ai remarqué par exemple que les plantes que je rencontrais alors dans les montagnes de la Malaisie péninsulaire ne correspondaient pas toutes aux descriptions communément admises par les botanistes professionnels. J’ai même écrit à un botaniste de Kew qui s’est montré très dédaigneux envers mes observations du fait de mon jeune âge. Cependant la mise en évidence du fait que N. ramispina et N. gracillima soient deux espèces distinctes, dont N. alba, qui leur est étroitement apparentée, diffère elle aussi tant du point de vue écologique que morphologique, m’a donné raison peu de temps après. Cela m’a conduit à préférer le travail de terrain plutôt que de passer tout mon temps à l’herbier ; il est tout simplement impossible de se forger une opinion solide concernant une espèce d’après quelques spécimens séchés, sans étudier l’éventail de ses variations intrinsèques. Quant aux orchidées terrestres, elles sont souvent moins spectaculaires que leurs congénères épiphytes, mais souvent plus intéressantes dans leurs stratégies reproductives, notamment dans leurs rapports avec les insectes.

Quelles sont tes activités en matière de culture des plantes carnivores ?

Dans les années 90 je possédais l’une des plus vastes collections de Nepenthes en Angleterre, mais à mesure que je passais plus de temps à voyager pour étudier les plantes, j’ai fini par les donner une par une. Aujourd’hui je cultive précisément un Nepenthes sur mon balcon à Melbourne, comme un souvenir nostalgique, aux côtés de quelques orchidées du coin, rossolis et plantes épiphytes (Tillandsia). Ainsi, bien que j’aie été un cultivateur avide par le passé, pouvoir les voir si souvent dans la nature fait que je ne ressens plus le besoin pressant de collectionner et faire pousser plein d’espèces différentes. En réalité, la dispersion de ma collection m’a retiré un poids énorme de la conscience. Je n’étais plus obligé de m’inquiéter du nombre de mes plantes qui mourraient en mon absence, lorsque leurs soigneurs oublieraient de les arroser ! Dans mon travail, j’ai encore quelques occasions de m’occuper de plantes carnivores, en général pour résoudre des questions taxonomiques, ou pour contribuer à la littérature, comme les ouvrages consacrés à Drosera qui seront bientôt publiés par Redfern. Du reste, la plupart de mes voyages ont pour but de visiter les régions où elles se trouvent. Parallèlement,  un bon moyen pour moi de me détendre est aussi de préparer des dessins techniques de ces plantes.

Que ressent-on lorsque l’on découvre une nouvelle plante ?

Je crois que si l’on voit un taxon et que l’on identifie immédiatement qu’il est inconnu, cela peut être assez excitant. Par exemple, la première fois que j’ai aperçu Nepenthes attenboroughii, j’ai versé quelques larmes de stupéfaction, probablement fait quelques bonds d’excitation (prudents évidemment – le risque étant de tomber dans la pente escarpée de la montagne !), mais dans tous les cas, la curiosité scientifique prend le dessus. Le meilleur exemple auquel je puisse penser, c’est lorsqu’il m’est arrivé d’étudier une nouvelle orchidée au milieu d’un typhon. Malgré la pluie battante et les rafales horizontales, comme le temps dont je disposais était limité, je suis entré dans un état de calme mental. Quelles que soient les conditions, il faut effectuer par nécessité des observations minutieuses sur les plantes et leur habitat sans manquer un détail important. Il est toujours possible de mesurer le spécimen de l’herbier par la suite, mais retourner sur place peut se révéler ardu, chronophage et coûteux. Il est aussi très important de prendre les mesures d’un échantillon représentatif de spécimens vivants, si l’on veut obtenir un bon aperçu de la diversité de n’importe quelle nouvelle espèce.

Quelle est ta position à propos de la culture in vitro des plantes carnivores ?

J’ai moi-même pratiqué la culture in vitro par le passé – c’était une composante essentielle de mon doctorat, de sorte que j’ai passé en quatre ans plusieurs mois les mains dans sous une hotte à flux laminaire, à perfectionner les techniques pour mes recherches de thèse. La culture in vitro est inestimable, et on lui doit le sauvetage de nombreuses plantes menacées d’extinction, ou la réduction de l’impact du braconnage. Il semble y avoir un ouï-dire parmi les cultivateurs de plantes carnivores selon lequel les plantes issues de culture in vitro sont plus faibles, ou plus difficile à développer. Mais cela est une distorsion de la vérité : les plantes fragiles cultivées en terre meurent vite, ou bien les plantes vigoureuses sont rapidement identifiées et sélectionnées comme telles. En culture tissulaire, en revanche, même les plantes faibles survivent et grandissent rapidement. Souvent l’exploitant de la pépinière n’a pas les ressources pour éprouver la croissance des plantes sur la plupart des lignes de production, de telle sorte que les sujets chétifs sont mis à la vente. De fait, le problème ne concerne pas tant la culture tissulaire elle-même. La faute est au processus de sélection des meilleures lignes de plantes, qui pousseront mieux sur substrat une fois fortifiées. Lorsque ces problématiques seront résolues, les gens prendront confiance dans cette méthode valable. Donc oui, je pense que c’est un bon recours, qui ne peut que s’améliorer avec le temps, pourvu que les plus expérimentés partagent les bonnes méthodes.

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