Tuto rempotage à la serre carnivore

« Il pleuvait ce jour-là. Lionel et moi étions en train d’admirer notre collection encore somnolente. En effet, à cette époque de l’année les pièges encore vivants se paraient pour la plupart d’un rouge pourpre presque intense. Cela faisait maintenant deux semaines que les urnes sèches et autres limbes promptes à la décomposition étaient taillés. Cependant quelque chose ne tournait pas rond… Certains pots avaient des dépôts blanchâtres à leur surface. Du mycélium ? Ou du calcaire ? D’autres arboraient un tapis mousseux verdâtre accompagné de jeunes végétaux aux limbes non bien carnivores… « Un pissenlit ! » s’exprima Lionel. Un Taraxacum se développait effectivement dans le pot d’une Sarracenia rubra. Nous nous empressâmes d’arracher l’intrus du substrat qui l’hébergeait, quand une odeur nauséabonde se mêla à celle, légère et fluette, de la serre. Dans d’autres pots des colonies de Nostoc abondaient, et donnaient aux potées des airs ectoplasmiques. L’état de ces potées nous laissa perplexe et nous décidâmes d’intervenir sur les substrats les plus dégradés. »

Chacun possède son propre protocole de rempotage et ses propres astuces. Dans cette publication, nous décrivons les méthodes que nous avons utilisées cette année lors de nos derniers travaux (). La première partie explique les bases utilisées pour la préparation du substrat. Puis dans la seconde partie nous expliquons notre méthode et nos astuces de dépotage et rempotage.

Tout d’abord, le b.a.-ba d’un bon substrat.

Le mélange à la base du substrat doit se préparer de préférence le jour pour le  lendemain. Car, pour diminuer le stress que subit la plante pendant le rempotage, le substrat doit être prêt à l’accueillir dans les meilleures conditions. D’autant qu’un mélange tourbeux jeune n’a pas les mêmes caractéristiques qu’un vieux mélange. Or, comme nous lorsque nous déménageons dans une autre ville, en changeant son substrat d’un coup, les points de repères de la plante se retrouvent complètement perturbés. En effet, elle doit alors se réadapter et se réhabituer aux propriétés de son nouvel habitat. Par ailleurs, ses racines et ses poils absorbants peuvent s’abîmer ou se casser. La plante doit pouvoir fabriquer de nouvelles racines sur lesquelles se développeront les zones pilifères. Par exemple, notre chère Drosophyllum lusitanicum est bien incapable de supporter tout ce stress.

En plus de ces difficultés, si les racines de la plante ne retrouvent pas de bonnes conditions rapidement (ou si elles sont mal conservées hors du substrat), elle subira un stress supplémentaire. Nous vous conseillons donc de minimiser le temps d’attente des racines à l’air libre, ou tout du moins de les protéger à l’humidité. En plus de cela, si le substrat est mal mélangé – c’est-à-dire hétérogène –  les caractéristiques des différents composants ne seront pas exploités de façon optimale. Enfin si le mélange n’est pas déjà bien hydraté, la plante subira un stress hydrique, comme si tout cela ne suffisait pas. C’est pour cette raison que le mélange doit être bien arrosé quelques heures auparavant. La tourbe étant un élément qui absorbe beaucoup d’eau, nous n’hésitons pas à être généreux. Laisser reposer le substrat quelques heures dans celle-ci permettra aussi aux molécules de s’infiltrer partout dans le substrat.

A Orléans, nous faisons entrer trois composés dans la base de notre substrat :

  • 70 % de tourbe blonde de sphaigne,
  • 20 % de pouzzolane,
  • et 10 % de fibre de coco.

La tourbe blonde de sphaigne est le composé principal du substrat. Elle provient de la décomposition de la sphaigne, ce qui lui confère sa grande capacité de rétention d’eau et son acidité. Celle-ci provenant d’un milieu fragile – la tourbière, il est important de prêter attention à la gestion pratiquée  par ses exploitants. Certains paquets vendus en magasin (Botanic par exemple) garantissent une gestion durable et écologique des sites d’extraction en Europe du Nord-Est. L’une des façons de limiter la surexploitation de ces tourbières est aussi d’ajouter divers composants (pouzzolane, fibre de coco, sable de Loire non calcaire, sphaigne morte du Chili, sphaigne vivante en surfaçage, etc.). Même si la tourbe est l’élément le plus présent dans le mélange que nous proposons, celle-ci n’en constitue que 70 %. Nous pourrions à la rigueur tenter de diminuer encore d’avantage les quantités de tourbe. A vous de voir ;).

A la tourbe nous ajoutons donc de la pouzzolane. Cette roche volcanique poreuse de type basaltique est constituée de scories. Elle a beaucoup de propriétés intéressantes, notamment pour drainer le sol et donc limiter le détrempage des substrats. Sa structure alvéolaire va aussi capter une partie de l’eau pour la rendre accessible aux racines. On parle ici d’eau libre (eau disponible pour la plante dans le sol) et d’eau liée (eau retenue par des particules du sol par des liaisons électrochimiques). Ces alvéoles vont aussi participer à l’aération du sol, qui est une propriété importante pour limiter toute putréfaction lorsque nous limitons l’arrosage. De plus, cette roche minérale est considérée comme chimiquement inerte. En théorie, elle n’interagira pas avec le sol en l’enrichissant ou en modifiant son pH, même si elle peut relarguer quelques éléments minéraux qui n’auront pas d’impact négatif sur la plante. Nous conseillons tout de même de rincer la roche avec un tamis pour enlever les poussières qu’elle transporte. Des petites granulométries de 7 à 15 mm, proposées en jardinerie, font l’affaire.

La fibre de coco est la fibre végétale qui entoure la noix de coco. C’est cette fibre qui rentre dans la composition des paillassons. Elle a la propriété d’augmenter la capacité de rétention d’eau du substrat et permet une aération au même titre que la pouzzolane. Mais son rôle principal est surtout de se substituer à une partie de la tourbe. En ce qui nous concerne, nous nous la sommes procurée à partir de pots en fibre de coco que nous avons découpés à la serpette et aux ciseaux. Nous préconisons de rincer cet élément aussi pour le débarrasser des poussières qu’il retient. On peut s’en procurer à des tarifs abordables sur internet ou dans les magasins de culture intérieure comme Cultur Indoor.

Maintenant que vous êtes devenus incollables sur la préparation du substrat, nous allons pouvoir passer aux dépotages/rempotages.

Les dépotages et les rempotages.

Pour les raisons décrites un peu plus haut, nous conseillons de préparer les contenants avant le déracinement. Pour les Drosera et les Sarracenia, nous utilisons des pots plus profonds car leurs racines peuvent être assez grandes. Nous préconisons des pots à rosier pour ces espèces. Pour les Dionaea, une telle profondeur n’est pas nécessaire, mais nous recommandons toutefois des gros godets. Nous choisissons bien sûr les nouveaux pots avec un diamètre supérieur à celui des anciens, et l’intérieur doit être propre (si ceux-ci sont réutilisés) de manière à limiter les contaminations du sol. Un bon coup de brosse suffit à enlever les grosses particules visibles, mais un nettoyage au savon noir ne sera pas non plus négligeable pour les plus maniaques. Nos cultures dans la serre se faisant dans des bacs que nous alimentons en eau de pluie, les pots utilisés sont percés de trous pour permettre le passage de l’eau. Nous appliquons cependant un film géotextile qui limitera la libération des particules de tourbe dans l’eau. Il peut aussi être remplacé par un simple tissu. Enfin, nous remplissons le pot jusqu’au rebord sans hésiter à tasser le substrat. En effet il peut s’affaisser au cours du temps et au fur et à mesure des arrosages.

Une fois les pots préparés, nous pouvons nous atteler au dépotage des plantes. Nous nettoyons les racines à l’eau et nous enlevons les organes morts. Attention pour certaines espèces comme Cephalotus, il est conseillé de garder la motte autour des racines, car le nettoyage peut leur être fatal. A l’aide de nos doigts, nous creusons dans le pot un espace adapté où les parties racinaires viendront se loger. Nous  rajoutons alors du mélange pour combler les espaces vides. Notez que la plante doit être enterrée jusqu’au collet. Cette limite se situe entre les parties colorées (aériennes) et les parties blanches (souterraines) des feuilles ou des tiges. Pour les Sarracenia, le collet correspond au rhizome. Celui-ci doit être visible à la surface comme pour les iris. Une fois la surface du pot bien tassée, nous veillons à arroser les pots. Cette étape très importante va aider la plante en favorisant l’adhésion du substrat et des racines.

Pour récapituler il faut :

  • mélanger 70 % de tourbe blonde de sphaigne, 20 % de pouzzolane et 10 % de fibre de coco de façon homogène,
  • bien hydrater le substrat quelques heures avant le rempotage,
  • prendre des pots propres avec un film de géotextile au fond de chaque contenant percé,
  • remplir les pots jusqu’en haut avec le substrat humidifié (prévoir le tassement),
  • dépoter la plante, enlever les organes morts et nettoyer les racines à l’eau,
  • placer les racines dans un espace préalablement creusé dans le pot et remplir les espaces vides,
  • et arroser une dernière fois.

Voilà il n’y plus qu’à attendre maintenant. En fonction des espèces on pourra observer un temps de latence plus ou moins long. Cela peut aller jusqu’à plusieurs mois le temps que la plante se refasse à son nouveau substrat ! Donc soyez patients !

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Plantes rempotées !

Maintenant si vous voulez partager vos astuces et vos « recettes », ou si vous voulez tout simplement poser des questions, n’hésitez pas à les laisser en commentaire !

 

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